Foi et raison ; comment peuvent-elles coexister en nous ? Elles se renforcent. La raison interroge la foi et inversement, la foi qui correspond à nos aspirations les plus profondes oblige la raison à se mettre en mouvement. Lorsque les hommes font de la recherche fondamentale ou fabriquent quelque chose –une voiture, un programme informatique, une fusée, un médicament, ils raisonnent. C’est la science. Et c’est bien ! Mais est-ce le seul monde de la raison ? Devant son enfant qui pleure, une mère de famille réfléchit intensément. Elle cherche à comprendre pourquoi il pleure, comment soulager sa souffrance. Il peut être de même devant une très grande joie : sommes-nous alors dans le seul domaine du sentiment ? Peut-être pas. La raison humaine connaît la joie de la vérité, d’une recherche qui aboutit. Nos doutes ne sont pas un manque de foi A côté de la raison scientifique et celle qui utilise les techniques, la raison de l’artiste cherche à dire la beauté du monde et de l’homme . Ses œuvres d’art ouvrent le regard aux réalités cachées du cœur, à l’invisible pour permettre de les comprendre. La raison du philosophe porte sur le sens de la vie et sur l’au-delà, sur la souffrance et la joie. Elle concerne tout être, y compris l’enfant. Tous ces degrés de la raison s’appellent mutuellement. La beauté de l’homme naît de ce qu’il réfléchit avec d’autres sur cette vie. Là se trouve le sommet de la raison humaine qui cherche et peut aller jusqu’à trouver Dieu A foi aborde également la question de la vie et de sa signification, mais avec une lumière qui vient d’ailleurs, donnée par Dieu. Elle nous dit que Dieu est amour, que tous les hommes sont frères et appelés à s’aimer les uns les autres, fils du même Père des cieux pour vivre de sa joie éternelle. Les événements peuvent la contredire. Le drame du 11 septembre et les combats entre les hommes au nom de Dieu semblent en effet contester l’affirmation de la foi. Notre raison s’interroge, qui est Dieu qui dit : « aimez-vous » ? Peut-il être amour et laisser faire le mal ? La foi chrétienne est bousculée et la raison vient l’interroger. Dieu nous mettait-il devant un mythe, une utopie impossible ou bien nous donne-t-il les moyens de vivre le commandement de l’amour ? Nous voici obligés de réfléchir. La foi ne disqualifie pas la raison, elle oblige au contraire la raison à se mettre en mouvement. Nos doutes ne sont pas un manque de foi ; ils expriment la difficulté que notre raison éprouve quand elle n’arrive pas à recevoir une lumière de la foi et bute sur un obstacle. Le doute est un appel à chercher d’avantage pour comprendre ce que Dieu dit. Est-ce une folie de croire ? Ce qui est folie n’est pas la foi, mais ce qu’elle propose : l’amour tel qu’il n’en est pas de plus grand , celui que Jésus, l’innocent, a vécu pour nous sur la croix. C’est folie de pardonner indéfiniment l’autre qui fait le mal. Mais cette folie est plus sage que toute sagesse humaine qui n’arrive pas à susciter l’entente entre les hommes. La foi correspond à nos aspirations les plus profondes. L’homme désire être heureux : Dieu notre Père aussi n’a pas d’autre désir que le bonheur des hommes, ses enfants. L’homme aspire à être aimé et à aimer : Dieu aussi ne veut pas autre chose que cet amour entre les hommes. Notre cœur ne veut pas être condamné et nous sommes scandalisés intérieurement quand une personne juge une autre personne : Dieu aussi ne veut pas notre condamnation, il ne juge jamais et toujours il pardonne. Personne ne veut tuer, sauf peut-être celui dont le cœur est malade et qui ne sait pas ce qu’il fait : Dieu aussi ne veut pas la mort de l’homme mais qu’il vive toujours. Il est donc hautement raisonnable de croire. Précisément, la lumière que donne la foi vient exorciser du cœur humain toutes les tentations : se culpabiliser, se résigner à un demi-amour, éprouver de la haine, juger autrui, s’enfermer dans la spirale de la violence en refusant de pardonner, etc. Comme pour Sainte Thérèse, la foi nous fait comprendre La foi se distingue fondamentalement de la raison. La foi n’est pas d’abord un catalogue de vérité, elle est une relation vivante avec Jésus, avec Dieu notre Père. Mieux entrer dans l’intelligence de la foi appelle une relation vivante. Aussi la prière est-elle indispensable. Mais nous ne prions pas n’importe qui, nous nous adressons à Celui qui s’est fait connaître en plénitude par Jésus de Nazareth. Les évangiles sont un récit dans lequel il nous faut entrer progressivement, une pédagogie qui nous amène à regarder l’incroyable : la croix où se dévoile l’amour tel qu’il n’en est pas de plus grand. La foi oblige notre raison humaine à scruter les évangiles, pour en accueillir la révélation et comprendre que Dieu aime ce monde, tel qu’il est. Le sommet de la compréhension humaine et de l’intelligence illuminée par la foi porte sur la gratuité absolue de cet amour. Il est formulé par sainte Claire, à la fin de sa vie : « Je te rends grâce de m’avoir créée. » A la fin de sa vie également, après avoir longtemps cherché le « vrai de la vie », selon son expression, sainte Thérèse de Lisieux a compris cette parole extraordinaire : « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi. » Elle a compris qu’il n’y a pas une once de jugement en Dieu mais un amour fou. Elle nous invite à oser nous présenter à Dieu en vérité, tels que nous sommes. Tous, jeunes ou moins jeunes, nous sommes faits pour réfléchir et chercher ensemble la vérité. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, dit Jésus, je suis là au milieu d’eux. » . Et bien, quand deux ou trois cherchent vraiment le sens de la vie au nom de la vérité, ou au nom de Jésus, il est vraiment là, il nous accompagne dans notre recherche pour nous conduire à la vérité tout entière. Mgr Pierre d’Ornellas, évêque auxiliaire de Paris, directeur de l’Ecole Cathédrale, responsable de la Commission pédagogique des JMJ de Paris In Croire aujourd’hui, jeunes chrétiens janvier-février 2002-12-12 ET TA RECHERCHE DE DIEU ? * Quel moyen prends-tu pour comprendre ce que tu crois ? * Est-ce que l’étude des sciences stimule ta recherche de Dieu ? * Qu’est-ce que tu découvres ? 
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